Réduction d’échelle
Dans de nombreuses études sur les changements climatiques, les scénarios issus directement de modèles climatiques globaux (MCG) n’ont sans doute pas une résolution spatiale ou temporelle suffisante pour représenter les variations au sein d’une région, à un endroit particulier ou les données climatiques qui permettent de modéliser un processus spécifique. La résolution spatiale des MCG en particulier signifie que la représentation des caractéristiques de l’orographie et des conditions de surface est exagérément simplifiée par rapport à la réalité, ce qui entraîne la perte de certaines des caractéristiques qui peuvent exercer de profondes influences sur le climat régional (par exemple le système des Grands Lacs et la baie d’Hudson en Amérique du Nord). Cela fait un certain nombre d’années que l’on est conscient du besoin de scénarios locaux ou régionaux détaillés des changements climatiques pour les études sur les répercussions (Lamb, 1987; Cohen, 1990), d’où l’élaboration d’un certain nombre de méthodes pour raffiner ces informations, en général à partir des MCG, en dépit de leurs déficiences à de plus fine résolution, qui constituent le meilleur moyen existant de déterminer des scénarios du climat futur intrinsèquement homogènes (Hulme et al., 1990; Giorgi et Mearns, 1991; Robock et al., 1993). Ces méthodes s’appellent les méthodes de réduction d’échelle et des techniques de réduction d’échelle ont été conçues pour combler l’écart entre les données que peuvent actuellement fournir les responsables de la modélisation du climat et les données dont ont besoin les chercheurs chargés d’étudier les répercussions (Wilby et Wigley, 1997). Les techniques de réduction d’échelle sont généralement subdivisées en catégories spatiales et temporelles.
Réduction d’échelle spatiale
La réduction d’échelle spatiale désigne les
techniques qui servent à extraire des informations climatiques
à plus haute résolution à partir des MCG à
résolution plus grossière (ou modèles
régionaux du climat[MRC]). Les MRC utilisent
généralement les mêmes paramètres physiques
que les MCG, mais ils procurent des données sur une partie du
globe à une résolution spatiale plus fine, en
général 50 km. La figure 1 illustre le concept de
réduction d’échelle spatiale. Il ressort clairement
de ce schéma que la résolution des MCG, et dans une
certaine mesure des MRC, ne permet pas la représentation de la
totalité des processus (comme la topographie, la
végétation) qui perturbent le climat local. En
établissant des rapports statistiques entre les climats à
l’échelle locale et à une plus grande échelle,
il est sans doute possible d’incorporer implicitement certains de
ces processus. La réduction d’échelle spatiale part
de l’hypothèse qu’il sera possible
d’établir des rapports statistiques significatifs entre le
climat local et le climat global (ce qui permettra d’extraire des
données locales utiles à partir des seules informations
globales) et que ces rapports resteront valables dans les conditions
climatiques futures. En d’autres termes, le climat à grande
échelle sert de variables « prédicteurs » pour
le climat local (prédictand).
La résolution spatiale de la plupart des MCG se situe entre 250 et
600 km. Les forçages et les circulations qui modifient le climat
régional se produisent généralement à des
échelles spatiales beaucoup plus fines et peuvent aboutir à
des conditions climatiques régionales radicalement
différentes de ce que présuppose l’état
climatique global. La réduction d’échelle spatiale
peut sans doute intégrer certains de ces facteurs climatiques
régionaux et ainsi ajouter de l’information aux MCG à
résolution grossière dans certaines régions,
même si son utilité dépend fortement des
données régionales climatiques disponibles. C’est
pour cette raison qu’il est impossible de formuler une
recommandation générale voulant que l’on ait
systématiquement recours à la réduction
d’échelle spatiale pour tenter d’améliorer les
données des scénarios disponibles. Chaque cas est
différent et peut nécessiter l’analyse d’un
certain nombre de différentes techniques de réduction
d’échelle afin de trouver la méthode qui convient, si
cela est en fait possible.
Il existe un certain nombre de recommandations générales au
sujet de la réduction d’échelle spatiale qui, si on
s’y conforme, devraient faciliter le processus. Les MCG qu’on
utilise pour la réduction d’échelle spatiale doivent
être en mesure de simuler les caractéristiques
atmosphériques qui influent sur le climat régional, par
exemple les courants-jets et les trajectoires de tempête. Il est
par ailleurs souhaitable d’asseoir la technique de réduction
d’échelle (par exemple la régression linéaire
multiple, le type de circulation atmosphérique) sur une variable
climatique qui n’affiche pas de grands écarts à sous
échelle, en d’autres termes il est préférable
d’utiliser une variable comme la pression au niveau moyen de la mer
plutôt que les précipitations. Les variables «
prédicteurs » utilisées dans le processus de
réduction d’échelle doivent idéalement
être les variables de base d’un modèle,
c’est-à-dire qu’elles sont issues directement
d’un modèle (comme la pression au niveau de la mer) et
qu’elles ne reposent pas sur des paramétrages qui font
intervenir d’autres variables du modèle, comme c’est
le cas pour la précipitation.
Figure 1: Le concept de réduction d’échelle spatiale. De nombreux processus qui régissent le climat local, comme la topographie, la végétation et l’hydrologie, sont exclus des MCG à résolution grossière. L’élaboration de rapports statistiques entre l’échelle locale et l’échelle globale peut implicitement comporter certains de ces processus. (Source : David Viner, Climate Research Unit, University of East Anglia, R.U.)
On peut subdiviser les techniques de réduction d’échelle spatiale en méthodes empiriques/statistiques, en méthodes statistiques/dynamiques incorporant en général les techniques de type de temps et les modèles à plus haute résolution, comme les modèles régionaux du climat.
Haute de la pageRéduction d’échelle temporelle
La réduction d’échelle temporelle désigne
l’obtention de données temporelles à haute
résolution à partir de données temporelles
d’échelle plus grossière. Elle s’applique
principalement aux études des scénarios, en particulier
à l’obtention des données des scénarios
quotidiens à partir des données des scénarios
mensuels ou saisonniers. Les sorties des modèles à
l’échelle mensuelle existent à partir des nombreuses
expériences de MCG, alors qu’un nombre infime de ces
expériences ont été archivées à
l’échelle quotidienne. Par ailleurs, on estime que les
sorties simulées quotidiennes ne sont pas aussi robustes que les
données des modèles à l’échelle
mensuelle, et il est donc généralement
déconseillé de les utiliser dans les études sur les
scénarios. Le moyen le plus simple d’obtenir des
données quotidiennes au sujet d’un scénario de
changement climatique particulier consiste à appliquer les
changements mensuels ou saisonniers à un relevé
météorologique quotidien historique issu d’une
station donnée. Toutefois, cette méthode conserve la
variabilité climatique observée actuelle et les mêmes
séquences de journées humides et sèches et de
périodes chaudes et froides. De plus, il n’y a qu’une
série chronologique pour chaque scénario, ce qui limite le
type d’analyse auquel on peut appliquer les données
quotidiennes.
La meilleure façon d’obtenir des données
météorologiques quotidiennes à partir des
données d’un scénario mensuel consiste à
utiliser un générateur stochastique de données
météorologiques - modèle statistique qui
génère des séries chronologiques de données
météorologiques artificielles présentant les
mêmes caractéristiques statistiques que les observations
d’une station (Wilks et Wilby, 1999). Les générateurs
stochastiques de données météorologiques partent de
l’hypothèse que les corrélations statistiques entre
les variables climatiques calculées à partir des
données observées, restent valables dans un climat
modifié. Après avoir étalonné le
générateur de données météorologiques
à l’aide des données quotidiennes observées,
on obtient un fichier de paramètres qui contient une description
statistique des caractéristiques du climat à
l’endroit étudié. Les changements du scénario
mensuel qui se produisent par exemple dans la température moyenne,
la hauteur pluviométrique et le rayonnement solaire peuvent
être incorporés tout simplement en modifiant les
paramètres appropriés de la quantité utile. Pour
certains générateurs de données
météorologiques, il est également possible de
perturber la variabilité climatique en appliquant des changements
à l’écart type de température ou à la
durée des périodes humides et sèches. Les
données quotidiennes des MCG peuvent servir à calculer les
changements qui se produisent dans ces éléments de la
variabilité climatique, ou l’on peut imposer des changements
arbitraires. La composante stochastique d’un
générateur de données météorologiques
est régie par le choix d’un nombre aléatoire et en
faisant varier ce nombre aléatoire, on peut générer
des séquences météorologiques radicalement
différentes. Cela veut dire qu’il est possible de
générer de nombreuses séquences de données
météorologiques quotidiennes pour un scénario
donné et que les caractéristiques statistiques de chaque
séquence seront très semblables, sinon identiques, alors
que les valeurs varieront d’un jour à l’autre. De
cette manière, il est possible de générer des
données suffisantes pour entreprendre une analyse de risques.
Un élément qu’il faut signaler au sujet des
générateurs stochastiques de données
météorologiques est qu’ils sont conçus pour
être utilisés indépendamment dans chaque station.
Même s’il est possible d’interpoler spatialement les
paramètres provenant de nombreuses stations et par
conséquent de procéder à des analyses spatiales, les
générateurs de séries ne tiennent aucun compte de la
corrélation spatiale observée du climat. Cela signifie que
si un générateur de données
météorologiques est utilisé dans deux stations
voisines, disons A et B, il est en mesure de simuler des
phénomènes particuliers dont on peut attendre qu’ils
se produisent dans les deux stations, par exemple l’apparition de
trois sécheresses prolongées durant une période de
30 ans, sans que l’occurrence de ces phénomènes
coïncide forcément dans les deux stations, ce qui signifie
que les années de sécheresse à la station A
diffèrent de celles à la station B. Ainsi, si le
générateur de données météorologiques
peut fournir une représentation statistique précise de la
situation observée dans chaque station, pris ensemble, les
phénomènes ne sont pas simultanés et ceci ayant donc
des répercussions globales moins graves sur les ressources
hydriques ou sur l’agriculture que ce à quoi on peut
s’attendre dans la réalité lorsqu’une
sécheresse généralisée s’abat sur une
vaste superficie.
Il existe un certain nombre de rapports de synthèse qui expliquent
bien les techniques de réduction d’échelle spatiale
et temporelle. Parmi les plus anciens, il y a ceux de Giorgi et Mearns
(1991) et de Robock et al. (1993), alors que plus récemment,
Hewitson et Crane (1996), Wilby et Wigley (1997), Huth (1999) et Murphy
(1999) ont apporté une contribution à la documentation sur
ce thème. Outre ces rapports, il y a également les
chapitres 10 (Giorgi et al, 2001) et 13 (Mearns et al., 2001) du
Troisième Rapport d’évaluation du WG1 du GIEC, les
lignes directrices sur l’utilisation des données des
scénarios pour l’évaluation des impacts climatiques
et de l’adaptation (GIEC-TGICA, 1999 et 2007) et plus récemment les
Lignes directrices sur l’utilisation des scénarios climatiques
élaborés à partir des méthodes de
réduction d’échelle statistique (Wilby et al., 2004).
Références
Cohen, S.J. (1990): Bringing the global warming issue closer to home: the challenge of regional impact studies. Bulletin of the American Meteorological Society 71: 520-526.
Giorgi, F. and L.O. Mearns (1991): Approaches to the simulation of regional climate change: a review. Reviews of Geophysics 29: 191-216.
Giorgi, F., B. Hewitson, J. Christensen, M. Hulme, H. von Storch, P. Whetton, R. Jones, L. Mearns and C. Fu (2001): Regional climate information - evaluation and projections. In: Climate Change 2001: The Scientific Basis. Contribution of Working Group I to the Third Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change, J.T. Houghton, Y. Ding, D.J. Griggs, M. Noguer, P.J. van der Linden, X. Dai, K. Maskell and C.A. Johnson (Eds.), Cambridge University Press, Cambridge, UK and New York, NY, pp. 583-638. Available for download from: http://www.ipcc.ch (Chapter 10 of the IPCC WG1 Assessment).
Hewitson, B.C. and R.G. Crane (1996): Climate downscaling: techniques and application. Climate Research 7: 85-95.
Hulme, M., T.M.L. Wigley and P.D. Jones (1990): Limitations of regional climate scenarios for impact analysis. In: Landscape-Ecological Impact of Climatic Change, M.M Boer and R. de Groot (Eds.), IOS Press, Agricultural University of Wageningen, pp. 111-129.
Huth, R. (1999): Statistical downscaling in central Europe: evaluation of methods and potential predictors. Climate Research 13: 91-101.
IPCC-TGCIA (1999): Guidelines on the Use of Scenario Data for Climate Impact and Adaptation Assessment. Version 1. Prepared by T.R. Carter, M. Hulme, and M. Lal, Intergovernmental Panel on Climate Change, Task Group on Scenarios for Climate Impact Assessment, 69 pp. Available for download from: http://ipcc-ddc.cru.uea.ac.uk.
Lamb, P.J. (1987): On the development of regional climatic scenarios for policy-oriented climatic-impact assessment. Bulletin of American Meteorological Society 68: 1116-1123.
Mearns, L.O., M. Hulme, T.R. Carter, R. Leemans, M. Lal and P. Whetton (2001): Climate scenario development. In: Climate Change 2001: The Scientific Basis. Contribution of Working Group I to the Third Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change, J.T. Houghton, Y. Ding, D.J. Griggs, M. Noguer, P.J. van der Linden, X. Dai, K. Maskell and C.A. Johnson (Eds.), Cambridge University Press, Cambridge, UK and New York, NY, pp. 739-768. Available for download from: http://www.ipcc.ch (Chapter 13 of the IPCC WG1 Assessment).
Murphy, J. (1999): An evaluation of statistical and dynamical techniques for downscaling local climate. Journal of Climate 12: 2256-2284.
Robock, A., R. Turco, M. Harwell, T.P. Ackerman, R. Andressen, H.-S. Chang. and M.V.K. Sivakumar (1993): Use of general circulation model output in the creation of climate change scenarios for impact analysis. Climatic Change 23: 293-335.
Wilby, R.L. and T.M.L. Wigley (1997): Downscaling general circulation model output: a review of methods and limitations. Progress in Physical Geography 21: 530-548.
Wilks, D.S. and R.L. Wilby (1999): The weather generation game: a review of stochastic weather models. Progress in Physical Geography 23: 329-357.
Wilby, R.L., S.P. Charles, E. Zorita, B. Timbal, P. Whetton and L.O. Mearns (2004): Guidelines for Use of Climate Scenarios Developed from Statistical Downscaling Methods. 27 pp. Available for download from: http://ipcc-ddc.cru.uea.ac.uk.


